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L'avenir


Les défis de la société de demain se jouent dans la municipalité d’aujourd’hui

 
 
 
 
Quel avenir attend les municipalités dans une vingtaine d’années ?

Les aléas économiques,  les changements politiques conjugués à la complexité du monde municipal rendent périlleuse toute réponse prospective. Néanmoins, des tendances lourdes à l’œuvre renseignent de façon moins hasardeuse sur les défis qui influeront l’avenir des municipalités.  L’économie mondiale, les technologies  numériques et le réchauffement de la planète constituent les canaux par lesquels des influences globales trouvent leur écho dans la métropole, la cité régionale ou le village éloigné. Ces tendances globales doivent être aujourd’hui prises en compte autant que les facteurs locaux tels la démographie et le vieillissement.
 
 
La vitalité à l’épreuve des changements démographiques

Faut-il s’en convaincre encore? La démographie sera le facteur le plus déterminant de l’évolution à venir et son impact se répercutera dans toutes les sphères économiques  et sociales. En 2031, le Québec comptera près de 900 000 personnes de plus qu’aujourd’hui et quelque 622 000 ménages de plus. Deux phénomènes qualitatifs accompagnent cette croissance somme toute modérée. D’une part, le vieillissement de la population se fera sen- tir de façon remarquable  (hausse du nombre d’aînés de 80 % et baisse des adultes de près de 4 %). D’autre part, l’immigration s’imposera comme le seul moteur de la croissance de la population, avec le tarissement de l’accrois- sent naturel.
 
Au moins, deux conséquences  majeures se dessinent pour toute la société québécoise :

1) l’enjeu de la main-d’œuvre sera prédominant voire alarmant pour une grande partie des municipalités québécoises;

2) la concentration de l’immigration contribue à creuser les disparités  entre les régions. Elle multiplie les codes culturels et sollicite une plus grande gestion de la diversité.
 
 
L’économie locale soumise aux influences mondiales

Le jeu de la mondialisation met ainsi les villes et les territoires en concurrence à une échelle continentale et même inter- nationale. Jusque-là, la globalisation a provoqué une délocalisation massive des emplois manufacturiers  vers les pays émergents, pendant que le secteur des services et celui des hautes technologies prenaient le relais de la croissance dans les pays industrialisés. Aujourd’hui, ce sont les filières de haute technologie qui se trouvent prises dans l’aspirateur des délocalisations vers l’Inde et la Chine. L’Asie, devenue au fil des ans l’« atelier » du monde, sera aussi, et de plus en plus, la source de technologies et d’innovations (voir encadré). Ces tendances lourdes combinées aux aléas de la crise financière qui persiste depuis 2008 montrent à quel point l’emploi et la productivité seront un enjeu central pour les prochaines années.
 
De plus, la montée fulgurante des technologies numériques vient accélérer le rythme de ces transformations.  Sous leur influence, la mobilité de la main-d’œuvre, la localisation des activités et la fourniture de services se dessinent autrement. Plus encore, la présence « diffuse » du numérique  dans toutes les sphères de la vie privée et publique vient dicter de nouveaux comportements,  changer des modes de participation et multiplier les canaux de communication.
 
En outre, le monde sera à l’horizon 2031 engagé, plus encore qu’il  ne l’est aujourd’hui, dans la transition énergétique. Outre les tensions économiques  et géopolitiques possibles, la hausse inéluctable des prix des énergies fossiles, selon son rythme et son ampleur, aura des conséquences sur les comportements en termes de mobilité, de localisation et de technologie de rechange.  Les outils d’aménagement du territoire combinés aux modes de transport paraissent plus que jamais au centre des stratégies visant à la fois à réduire la vulnérabilité économique des collectivités et à améliorer leur bilan environnemental.
 
 
Des communautés saines sur une planète malade ?

Enfin, les changements climatiques s’ajoutent à la liste des tendances globales dont les effets se font sentir d’abord sur les villes et les collectivités. L’inertie du système économique par rapport au défi du réchauffement de la planète, rend inévitable une hausse des températures  moyennes à moyen terme et impose des stratégies d’adaptation dès à présent. Même en deçà du seuil critique de deux degrés Celsius, cette hausse aura des conséquences de taille.
 
L’amplification  de la variabilité du climat sollicite les efforts des municipalités (sécurité civile, plan d’urgence, aménagement) pour gérer des épisodes ou des événements (chaleur accablante, inondations) dont la fréquence n’est pas prête à s’estomper, au contraire. Alors que certains phénomènes restent localisés (érosion des berges, smog), d’autres sont plus généralisés. La santé publique n’est pas épargnée,  les émissions de gaz détériorent la qualité de l’air et le réchauffement occasionne une augmentation de l’activité biologique et avec elle, la prolifération d’infections de toutes sortes. Ces signes peuvent venir amplifier l’attention des citoyens envers l’environnement  à travers le prisme de la santé.
 
Les municipalités, qui encaissent déjà les contrecoups  de ces changements climatiques, sont appelées à intégrer cette nouvelle donne dans les stratégies d’aménagement, en amont et de façon intégrée, pour éviter une adaptation des infrastructures à la pièce plus coûteuse (exemple : verdissement pour augmenter le ruissellement pluvial plutôt que des investissements lourds pour recalibrer les infrastructures d’évacuation d’eau).
 
 
Le lieu comme réponse aux aspirations des nouvelles générations

Plus cosmopolites  que par le passé et branchées, les nouvelles générations ont le regard ouvert sur la planète mais sont conscientes de la portée du geste local. Elles portent des valeurs environnementales  et sociales et prônent la qualité de vie plutôt que la course effrénée derrière une carrière. Plus mobiles, leurs allégeances sont multiples, de la ville où elles habitent à celles où elles travaillent ou d’autres qu’elles fréquentent pour des services ou des loisirs.
 
La réponse à ces valeurs ne passe pas seulement par des services (culture, loisirs, sports, technologies, etc.), elle implique une ouverture au désir qu’el- les expriment  de prendre part à la cité et la collectivité. Il s’agit d’espaces de débats pour délibérer des enjeux qui les préoccupent et amener des idées. Plus qu’une appartenance, le milieu local prend un sens politique. Les jeunes générations y voient un lieu où s’élabore une bonne part des réponses à leurs aspirations. Ces tendances démontrent que la municipalité de demain ne sera pas en marge des enjeux et des courants sociaux, au contraire elle en sera le cœur. Elle est appelée à y répondre dans un contexte différent qui exige une gestion d’une plus grande diversité culturelle et générationnelle.